La place du cheveu crépu dans le monde du travail

Après avoir souligné le lien entre estime de soi et cheveux naturels chez les afrodescendants, il paraissait intéressant pour clore le sujet d’approfondir les conséquences de cet héritage culturel. Y a-il une incidence directe entre la coiffure afro et la carrière professionnelle ? Existe-t-il vraiment une discrimination envers les cheveux crépus et ceux et celles qui décident de les assumer ? Est-ce que le cheveu de type crépu est un frein au développement de sa carrière?

Une décision lourde de conséquences


Après avoir sauté le pas et s’être affranchie du passé colonial de l’Homme noir, choisir de porter une coiffure mettant en valeur ses cheveux naturels impose, de nos jours, de subir toutes sortes de moqueries ou incompréhensions. Bien que le mouvement Nappy est pris de l’ampleur dans le monde, il semblerait que la critique soit encore dans la majorité des cas importante.

Nous l’avions vu le mois dernier dans l’article sur l’estime de soi et les cheveux crépus que cette discrimination peut autant venir de la famille, des amis, des collègues, de la hiérarchie… et ce, toutes origines confondues.

Revendiquer sa négritude, même en 2020, et sans aucun doute un choix qui n’est pas anodin. Cela veut dire, aussi aberrant que cela puisse être, se justifier d’Être Noire.

Des lois anti-discrimination renforcées

Comment se fait-il que la Californie puis l’état de New York aient eu besoin de créer des lois interdisant la discrimination liée aux traits physiques raciaux tels que les cheveux crépus alors que la plupart des démocraties modernes punissent déjà les comportements discriminants sur un lieu de travail ?

Bien qu’aux États-Unis ce sujet ait été mis en avant par de nombreuses études, en France
ce sujet reste encore tabou. On trouve sur le Net quelques témoignages mais très peu, voire
pas d’enquêtes sur la place du cheveu afro dans le monde du travail.

Des associations engagées, comme la LICRA, montent au créneau et demandent avant tout l’application des lois déjà existantes.

Et concrètement, comment cela se passe ?

Ce que je voulais faire ressortir en faisant ce sondage, c’est la réalité du terrain. Recueillir l’avis des professionnels des ressources humaines, des managers, et de celles qui subissent ces discriminations au travail. En premier lieu, l’embauche. Alors que les témoignages pullulent parce que les femmes ont décidé de parler et les chiffres montrent clairement la réalité sur ce qu’elles vivent.

Dans les 43.8% entreprises qui imposent une présentation particulière, seules 6.7% d’entre elles imposent un type de coiffure spécifique. Pour autant, 31.3% des interrogés pensent que les coiffures dites afro ne sont pas cohérentes avec l’image de leur société. Pire encore, 31.3% des sondés avouent avoir déjà demandé à une femme noire de modifier leur coiffure suite à une embauche ou pour occuper un poste vitrine ou pour la présentation de l’entreprise (25% des cas).

Alors que 6.7% des entreprises ayant participé à ce petit sondage, demandent officiellement à porter une coiffure spécifique, dans plus de 30% des cas, les coiffures mettant en avant le cheveu naturel sont considérées comme non adaptées à l’entreprise. L’enquête révèle également que 15% des femmes noires assumant leurs cheveux crépus se sont déjà vues refuser un poste ou une évolution de carrière.

Comment sortir de ses clichés

Ce sondage anonyme reflète une réelle discrimination et des préjugés ancrés autour du type de cheveux des afrodescendants, à savoir que dans 87% des cas, il était précisé que cela n’était leur propre décision mais une décision de la hiérarchie.

Comment une coiffure peut effacer de réelles compétences et mener à préférer des profils avec des coiffures ressemblant un peu plus au type caucasien ?

Une chevelure domptée est-elle l’image de plus de sérieux et de professionnalisme ? Une discussion ouverte et une sensibilisation sur la liberté des choix liés à notre image suffiraient-elles à casser les codes? Ou est-ce qu’un durcissement des lois ou seule une demande de respecter à la lettre et de façon impartiale lesdites lois serait suffisant ?

Une grande réflexion

Je vous laisse à cette question, en restant persuadée que le travail commence dans l’éducation de nos enfants et dans la restauration de l’estime de soi volée par les années de colonialisme et de racisme avérés.

Les chiffres, à mon sens montrent une certaine ouverture vers un monde détaché de ce lourd passé malgré encore trop de témoignages décevants et alarmants. Continuons d’avancer et d’être fières de notre image et de notre culture.

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