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“Etre architecte demande du temps et des sacrifices.”Yankosso , Architecte.

Quel constat avez-vous sur la place des femmes de manière générale et des femmes noires dans l’architecture en France ? Le métier d’architecte se féminise de plus en plus avec les années. Cependant dès que l’on

Quel constat avez-vous sur la place des femmes de manière générale et des femmes noires dans l’architecture en France ?

Le métier d’architecte se féminise de plus en plus avec les années. Cependant dès que l’on compare les chiffres les femmes sont à 48% salariées contre 27% d’associées. Les dix plus grandes agences françaises sont tenues par des hommes, Atelier Jean Nouvel, Valode et Pistre, Renzo Piano Building workshop ou Patriarche entre autres. Cependant, pour avoir fait des stages, des missions en agences se sont toujours les femmes qui demandent un 4/5ème pour alléger leur emploi du temps ou préfère être salarié pour s’occuper de leur enfants et des autres charges de la maison. Etre architecte demande du temps et beaucoup de sacrifices.

La plupart des femmes qui ont des postes à responsabilité ou on une agence d’envergure Nationale, Internationale ont fait des choix drastiques dont parfois celui de ne pas avoir d’enfant, je pense notamment à Zaha Hadid. Concernant les femmes noires architectes, j’en connais très peu. J’ai fait mes études avec des femmes noires  provenant de la Caraïbe ou d’Afrique. La plupart d’entre elles sont rentrées préférant participer avec raison au développement de leur pays. Pour les femmes noires architectes françaises, je n’ai malheureusement aucun chiffres à partager puisque qu’il n’y a pas de  recensement.

Je peux vous citer deux femmes noires qui ont des agences d’architecture de grande envergure. La première étant  Françoise N’Thépé qui à co-fondé l’agence  Beckmann-N’Thépé Architectes et qui aujourd’hui a décidé de se lancer en solo avec son agence éponyme. La deuxième est Tania Concko architecte-Urbaniste qui exerce à Amsterdam.  

Sous entendre que la profession n’est pas enclin à accepter les femmes architectes à des postes de responsabilités je dirais que c’est faux. Et cela pour toutes les femmes. Il faut faire des concessions ou des sacrifices et certaines femmes préfèrent privilégier leur vie privée tout simplement. La réussite ne sonne pas de la même manière pour tout le monde. Les uses et coutumes ont également la vie dure. Les femmes se sentent davantage coupable de rentrer tard après le travail, de ne pas voir ni de s’occuper des enfants. C’est un fait qui est encore difficile à dépasser. Si l’on veut voir plus de femmes à des postes à responsabilité c’est tout un schéma qu’il faut déconstruire. Les femmes qui le souhaitent ne doivent plus se sentir coupable de vouloir réussir professionnellement et doivent s’imposer sans attendre une quelconque permission qui ne viendra jamais.


La plupart des personnes pensent que l’architecte et l’architecture sont inaccessibles.

Il y a quelques temps, votre tout dernier projet a été concrétisé au travers de la mise en ligne du site internet «L’ATÉ», L’Architecture à Travers l’Ecriture. Une autre manière de vivre de votre métier d’architecte. Pourquoi et pour qui ce projet a-t-il été crée ?

Depuis de nombreuses années je me demandais de quelle manière les gens percevaient l’architecture. J’entendais souvent des personnes qui se plaignaient et qui étaient mécontentes. Au détour de plusieurs conversations, de cours d’écriture que j’ai suivis dans une école de Creative Writing, et de mon envie de créer plus de dialogue pour entendre ce que les gens avaient à dire j’ai créé l’ATÉ. On peut tous parler d’architecture même si on n’est pas du métier.

C’est un domaine qui est accessible à tous. On perçoit tous des émotions positives ou négatives. Selon les personnes un bâtiment composé de bois, de métal ou de béton n’aura pas le même impact sur la manière de vivre son habitat. Nous n’aurons également pas le même rapport face à un trottoir grand, petit, moyen. J’ai envie de comprendre ce qui anime les gens et pour cela j’ai besoin d’aide. Le biais que j’ai choisi pour comprendre tout cela c’est l’écriture parce que je pense que les mots ont un impact fort et ont à plusieurs reprises dans l’histoire permis d’enclencher des débats.

C’est donc tout naturellement que j’en ai parlé à des amis, à des connaissances et ils ont bien voulu jouer le jeu. J’ai reçu une trentaine de textes. J’ai commencé à les diffuser sur mes réseaux sociaux puis je me suis dit : « comment faire bouger les choses encore plus ? » Tout s’est accéléré notamment avec la création de ce site internet mais également par la volonté de créer une association prochainement. L’ATÉ s’articule autour de deux biais  Scriyali qui rassemblera les contributions écrites sur l’architecture avec des coups de cœur ou des coups de gueule et de Xibu qui s’attachera à dévoiler des portraits de citadins pour comprendre leur rapport à la ville et leur manière d’appréhender l’espace.


Je refuse de commencer la conception d’une maison individuelle qui est en cours d’achat tout simplement parce que le compromis de vente vient d’être signé et que le client n’est pas encore propriétaire du bien.

Vous avez organisé des ateliers «SOURCES EVENTS» il y’a quelques mois de quoi s’agit-il exactement ?

Sources Event’s c’est toujours dans le Laboratoire d’idées de l’Atelier Retour aux Sources, mon atelier d’architecture. Dès le début de la création de mon entreprise, je voulais faire plus que construire. Je voulais prendre plus de temps pour réfléchir sur la conception, sur les matériaux, sur la typologie du projet, sur les gabarits avec mes clients. En 2017, à la fin d’un chantier certaines étapes n’avaient pas été comprises par le Maitre d’Ouvrage. Durant un projet de la conception à la réalisation, en tant qu’architecte, je n’ai pas les pleins pouvoirs.  Il y a des étapes à respecter comme le délai d’instruction lors d’un dépôt de permis de construire ou d’une déclaration préalable.

Je refuse de commencer la conception d’une maison individuelle qui est en cours d’achat tout simplement parce que le compromis de vente vient d’être signé et que le client n’est pas encore propriétaire du bien. J’ai constaté que le monde de la construction et de l’architecture pouvait paraître obscure pour certaines personnes. J’ai donc décidé d’organiser des ateliers-rencontres pour parer à ce manque d’informations. Les premiers participants m’ont encouragé à continuer et c’est comme ça que j’ai proposé des rencontres plus fréquentes à raison d’une fois par mois avec des thématiques différentes. Le dernier en date était : Catastrophe mon chantier s’est arrêté !

On a parlé des abandons de chantiers par les entreprises et comment y faire fasse. Mais aussi un atelier-rencontre autour de l’extension intitulé : Extension me voilà ! Tous les participants m’avaient envoyé leur intentions de projets en amont une semaine avant le jour J. On a pu confronter leurs projets avec la réalité. Ce qui était le plus intéressant c’était d’avoir leur retour après ma présentation et avec celle des autres participants.

Sources Event’s c’est l’occasion d’enrichir son futur projet, d’apprendre des choses et de ne plus rester seul à ruminer. Toutes les questions sont abordées et j’essaye de faire en sorte que le cadre puisse rendre les participants enclin à discuter c’est aussi pour cette raison que j’ai décidé de le faire en groupe. Des jeux sont proposés afin d’aborder la rencontre et les questions d’une manière ludique. La plupart des personnes pensent que l’architecte et l’architecture sont inaccessibles. J’essaye à mon échelle de leur prouver le contraire.

Etre architecte demande du temps et beaucoup de sacrifices.

Un bon architecte pour vous c’est quoi ?

En architecture on dit qu’un jeune architecte le reste jusqu’à 40 ans. Je peux partager l’élan que je suis en train de poursuivre mais je ne peux pas instaurer une vérité universelle sur le fait « d’être un bon architecte ». Je peux partager des ingrédients qui m’animent comme la prise de conscience sur le fait qu’il faut se mettre à la place des usagers. La prise de conscience qu’un projet d’architecture ne se limite pas à un 35h.

Parfois, je préfère rester pendant des heures à plancher sur une conception plutôt que de boire un verre avec des amis. C’est peut être de la folie ou de la passion je ne sais pas. Le dernier ingrédient qui m’anime c’est la conviction qu’en temps qu’architecte je peux améliorer des conditions de vie.

La Rédaction

redaction@afrocadre.com

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